Présentation du projet

WILLIAM raconte le parcours d’un garçon de 12 ans qui est enlevé à sa famille en 1960 et placé dans l’un des 139 pensionnats qui ont vu le jour au Canada sur une période de plus de cent ans, de 1883 à 1996. Les pensionnats autochtones étaient voués à l’éducation et à l’assimilation de jeunes autochtones au Canada.

Chacun des épisodes traite d’une étape paradigmatique du parcours de ces enfants. De la vie en communauté autochtone, nous passons à l’enlèvement par les agents gouvernementaux, à l’arrivée au pensionnat, à la salle de classe, au dortoir et, enfin, au retour à la maison.

Le personnel et le concret

À l’heure actuelle, la plupart des Canadiens et des Canadiennes connaissent une histoire d’horreur au sujet des pensionnats autochtones. Rares sont ceux et celles qui n’ont jamais entendu un témoignage bouleversant de cette réalité, ou qui n’ont jamais vu une image troublante et déchirante. Mais dans notre monde saturé d’information, dans ce monde où il semble que chaque jour une nouvelle calamité a lieu, il est difficile de sortir de soi-même pour éprouver l’empathie qui s’impose lorsqu’on rencontre la souffrance réelle chez un autre être humain. WILLIAM veut relever ce défi en permettant à chaque personne de vivre cette réalité historique qui, jusqu’à maintenant, ne pouvait que se percevoir par l’entremise des bulletins de nouvelles et des rapports gouvernementaux.

WILLIAM est une websérie en réalité virtuelle (RV) qui jette une lumière sur une époque de notre histoire qui a longtemps été confinée au silence et à une ignorance délibérée.

Pendant de nombreuses décennies, des milliers de jeunes autochtones ont été placés, souvent par la force, dans ces écoles résidentielles où on leur inculquait la langue, la religion et le mode de vie de leurs colonisateurs. Selon le rapport final de la Commission de vérité et réconciliation (2015), le système des pensionnats constituait l’organe principal de toute une politique d’assimilation au Canada qu’on peut qualifier de « génocide culturel ».

Les six épisodes de WILLIAM permettent à l’utilisateur de vivre ce sombre chapitre de notre histoire à la première personne. Chacun est invité à incarner le rôle d’une seule victime de cette politique d’assimilation qui affecta quelque 150 000 individus.

Les expériences présentées dans les divers épisodes de la série peuvent être vécues indépendamment ou en ordre séquentiels pour former une seule expérience dramatique.

La docufiction sous forme nouvelle

Ce projet veut livrer le réel dans sa forme la plus intime par l’entremise d’une création dramatique qui repose sur des faits historiques. Il comporte toute la rigueur d’un projet documentaire. C’est par un important travail de recherche que notre équipe a conçu les six épisodes de WILLIAM.

Les scénarios s’inspirent directement des nombreux témoignages d’anciens pensionnaires. La sélection des scènes a été faite pour capter les moments archétypiques que chaque enfant qui est passé par le système des pensionnats a dû vivre. L’expérience de William et de ses paires, c’est donc l’expérience de milliers de personnes. En la vivant, nous devenons témoins d’une même tragédie qui se répétait à chaque fois que le gouvernement enlevait un enfant à sa communauté.

Ce projet s’inscrit dans la mouvance d’un souci de conscientisation et de réparation des torts causés à la communauté autochtone du Canada. Le pouvoir du cinéma et celui de la réalité virtuelle sont mis au service de l’éducation et de la sensibilisation.

La puissance de la docufiction réside dans sa capacité d’aller au-delà de la présentation des faits : en incarnant un personnage et en vivant son histoire, le spectateur s’engage dans un devenir qui amplifie l’empathie et la volonté de comprendre l’expérience d’autrui.

Public cibles

WILLIAM a été conçu dans un premier temps pour un auditoire canadien, francophone et anglophone. Toutefois, l’histoire de la colonisation au Canada étant une manifestation d’un phénomène global, la websérie s’inscrit dans un mouvement mondial visant à faire valoir l’expérience des peuples autochtones de tous les pays. C’est donc à un public le plus large possible que nous offrons cette websérie.

Puisque son contenu repose sur les conclusions du rapport final de la Commission de vérité et réconciliation, WILLIAM revêt également une dimension éducative importante. Il est un outil pédagogique puissant que nous invitons les enseignants de toutes les provinces et territoires du Canada à utiliser lorsqu’ils ou elles aborderont le système des pensionnats en salle de classe.

Qu’est-ce que le système des pensionnats autochtones?

L’origine des pensionnats autochtones remonte au dix-neuvième siècle, époque d’expansion coloniale ahurissante au Canada. Pendant cette période, la « Question indienne » était sur les lèvres de tous les dirigeants du pays naissant.

Ici comme aux États-Unis, la population de provenance européenne augmentait rapidement et la doctrine selon laquelle les populations autochtones appartenaient à un âge désuet était tout simplement prise pour acquis. L’incapacité des colonisateurs à intégrer les peuples autochtones posait problème à ceux qui cherchaient à recréer à même le Nouveau Monde, la civilisation qu’ils avaient importée d’Europe. Que faire avec toutes ces nations indigènes qui n’ont pas de place dans la nouvelle société? Comment composer avec une population qui refuse de disparaître comme le voudrait leur destin?

En 1883, seize ans après la Confédération, le Premier Ministre John A. Macdonald présentait une solution à la Chambre des communes:

Lorsque l’école est sur la réserve, l’enfant vit avec ses parents, qui sont sauvages; il est entouré de sauvages, et bien qu’il puisse apprendre à lire et à écrire, ses habitudes, son éducation domestique, et ses façons de penser, restent celles des sauvages. En un mot, c’est un sauvage capable de lire et d’écrire. On a fortement insisté auprès de moi, comme chef du département de l’Intérieur, pour soustraire autant que possible les enfants sauvages à l’influence de leurs parents. Or, le seul moyen d’y réussir serait de placer ces enfants dans des écoles industrielles centrales, où ils adopteraient les habitudes et les façons de penser des blancs. (1)

Les autochtones, que l’on appelait sans scrupule les « sauvages », étaient déjà, à cette époque, confinés dans des réserves. En permettant aux enfants autochtones d’être élevés par leurs parents, les réserves assuraient la propagation de cette culture qui posait problème au progrès civilisateur que Macdonald et ses collègues envisageaient pour leur jeune pays. Dans leurs esprits, la philosophie selon laquelle il fallait « tuer l’enfant pour sauver l’homme » était une vérité d’évidence. Si les autochtones allaient s’intégrer à la population européenne et participer au projet colonisateur, il fallait donc séparer les enfants de leurs parents. Il fallait détruire le système familial qui assurait la transmission des cultures autochtones. Voilà la conclusion à laquelle Macdonald était arrivé.

(1) Cité dans Honorer la vérité, réconcilié pour l’avenir : Sommaire du rapport final de la Commission de vérité et de réconciliation du Canada, p. 2-3

Description du système

Les premières « écoles industrielles » virent le jour dans les années 1880. Ce fut la première manifestation du système de pensionnats moderne. En 1930, il existait 80 établissements au Canada. Bien que le gouvernement administrait les pensionnats, leur gestion et l’éducation des petits furent confiées aux institutions religieuses : l’Église catholique, l’Église anglicane, l’Église Unie et l’Église presbytérienne. Tout comme la scolarisation et l’assimilation culturelle, l’évangélisation était perçue comme une composante essentielle de la transformation des pensionnaires en citoyens dignes de faire partie de la population majoritaire.

Jusque dans les années 1950, les pensionnats imposaient un horaire fixe aux élèves. La première moitié de la journée était consacrée aux leçons en salle de classe, et la deuxième moitié était consacrée au travail — principalement, le travail agricole. Puisque la population canadienne de l’époque était surtout constituée de fermiers, les colonisateurs jugeaient important d’enseigner l’agriculture à ces élèves qui provenaient de cultures de chasseurs et de cueilleurs.

L’utilisation des langues autochtones était interdite dans les pensionnats, car la langue était perçue comme un véhicule de la culture indigène qu’il fallait éliminer.

Violence et humiliation

Puisque le but explicite des pensionnats était de transformer des « sauvages » en « citoyens modernes », la violence et l’humiliation devinrent rapidement et inévitablement le moyen privilégié pour faire assimiler les messages par les enfants et pour les dompter. Après tout, les enfants qu’on y accueillait n’étaient pas perçus comme des êtres humains à part entière. Même dans les cas où on appliquait avec tolérance les principes gouverneurs du système (et même si on pourrait argumenter que les intentions de certains étaient bonnes), le but et le projet restaient intrinsèquement violents. Il s’agissait de déraciner l’enfant avant qu’il puisse s’enraciner dans sa communauté et en maîtriser la culture. Il s’agissait de lui faire croire que sa langue maternelle était honteuse et inutile. Bref, il s’agissait de le convaincre que tout ce qu’il avait appris de ses parents méritait d’être oublié.

Somme toute, le système des pensionnats faisait partie d’une politique générale qui cherchait l’extinction de toute culture autochtone au Canada, et c’est dans le cadre de cette politique et des préjugés qu’elle incarne que furent commis les actes de violence physique, psychologique et sexuelle que des milliers d’autochtones ont rapportés à la Commission de vérité et de réconciliation entre 2008 et 2015.

Comme le résume succinctement le rapport final de la Commission, « Le système des pensionnats était fondé sur l’hypothèse voulant que la civilisation européenne et les religions chrétiennes étaient supérieures à la culture autochtone, qui était considérée comme sauvage et brutale. »(2) Les abus spécifiques qu’ont dû endurer les pensionnaires peuvent donc être perçus comme des symptômes flagrants d’un acte d’agression plus large qui caractérisait la pensée collective de toute une époque envers toute une civilisation.

Bien que le système eut son apogée dans les années 1930, ce n’est qu’en 1996 que le dernier pensionnat autochtone au Canada ferma les portes.

(2) Cité dans Honorer la vérité, réconcilié pour l’avenir, p. 5

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